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  • Stéphane Le Colas

Traitement ayurvédique et traitement allopathique font-ils bon ménage ?


Les personnes qui me consultent en cabinet me demandent souvent si elles peuvent continuer leur traitement "médical" en parallèle avec ce que je leur prescrit. En tant, que praticiens non-soignants au sens légal du terme, nous ne pouvons pas répondre par la négative à cette question. Nous ne devons jamais suggérer à quiconque de stopper un traitement en cours donné par un médecin.


Toutefois, les médicaments ayurvédiques et allopathiques font ils bon ménage ? Peut-il il y avoir des interactions médicamenteuses et des effets indésirables ?

N.B. : j’emploie ici pour simplifier le terme allopathique pour décrire les médicaments chimiques de la médecine conventionnelle moderne. Cependant, Ayurvéda et médecine conventionnelle moderne sont toutes 2 majoritairement allopathiques, c’est-à-dire qu’elles combattent la maladie par des médicaments qui produisent des effets opposés aux phénomènes pathologiques, à l’inverse de l’homéopathie qui combat la maladie par des médicaments qui ont un effet semblable aux phénomènes pathologiques.


À mon avis, la prise combinée de médicaments ayurvédiques et de médicaments allopathiques ne pose généralement pas de problème, à quelques exceptions près. Cependant, cette prise combinée n’est pas non plus des plus souhaitables, non pas à cause d’une éventuelle interaction entre médicaments mais plus simplement parce qu'ils ne fonctionnent pas de la même façon.

Les praticiens ayurvédiques prescrivent des médicaments phytothérapeutiques basés sur un diagnostic ayurvédique, lui-même basé sur la théorie des Doshas. Or, les médicaments allopathiques peuvent affecter (augmenter ou diminuer) les Doshas d'une manière contraire à ce qui est visé par le traitement ayurvédique. Ceci parce que, pour simplifier, le médecin conventionnel prescrit des médicaments en fonction de la maladie et de ses symptômes, non pas en fonction du patient. En Ayurvéda, les médicaments sont prescrits en fonction de l’état des doshas de la personne.


Prenons un exemple : la plupart des analgésiques utilisés en médecine conventionnelle moderne augmentent le Dosha Pitta. Si vous prenez des analgésiques allopathiques en même temps que vous suivez un traitement ayurvédique visant une maladie liée à un excès de Pitta, le traitement ayurvédique peut être moins efficace. (A noter qu’il existe des analgésiques ayurvédiques qui n’augmentent pas Pitta.)


Y a-t-il interaction médicamenteuse entre médicaments ayurvédiques et allopathiques ? La plupart des médicaments ayurvédiques contiennent des ingrédients naturels. On retrouve d’ailleurs parfois ces mêmes ingrédients, ces mêmes principes actifs, dans notre alimentation. La nourriture interagit-elle avec les médicaments allopathiques ? Oui, parfois.

Par exemple, les bananes, riches en potassium, peuvent interagir avec les inhibiteurs de l'enzyme de conversion de l’angiotensine (prescrits notamment pour lutter contre l’hypertension) qui peuvent augmenter le taux de potassium dans l’organisme. Le pamplemousse peut également interagir avec les médicaments antihyperlipidémiques (prescrits pour lutter contre le cholestérol).

Il en va de même pour certains extraits de plantes, qui sont à utiliser avec précautions. Par exemple, la curcumine issue du curcuma peut interagir avec les anticoagulants utilisés en médecine conventionnelle. En prenant curcumine et anticoagulants, on augmente la tendance aux saignements et à l’hémorragie.

En théorie, c’est l’énergie chauffante de l’extrait de curcuma qui peut augmenter les risques de saignement si elle est combinée à des anticoagulants. Cependant, la poudre de curcuma utilisée dans l'Ayurvéda ne produit pas les mêmes effets car elle bien moins puissante.

Les plantes sous leur forme naturelle sont moins puissantes que leurs extraits. Ainsi, le curcuma sous forme naturelle est beaucoup plus sûr que la curcumine.


Que doit donc faire une personne à qui sont prescrits des médicaments ayurvédiques et des médicaments allopathiques ? En fait, il suffira de garder au moins 3 heures d'écart entre la prise des 2 types de médicaments. Cela aidera à éviter les éventuels effets secondaires et interactions médicamenteuses. Cela s’avère nécessaire et suffisant dans la plupart des cas.

Il est à noter que chaque médicament a ses propres voies d'action dans l’organisme. Un praticien ayurvédique correctement formé saura dire ce qui peut être fait dans chaque cas.

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