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  • Stéphane Le Colas

Yoga et Ayurvéda


Lorsqu'on parle Ayurvéda, on en vient souvent à parler de yoga. Il s'agit là de deux sciences sœurs, qui trouvent leurs origines dans les védas, les textes sacrés de l'hindouisme.


La pratique du yoga est un travail sur le Prakritti (la constitution de base) d’un individu afin de réaliser le Purusha (la Conscience Pure). Il s'agit donc d'un travail essentiellement spirituel qui demande de déterminer le Prakritti du pratiquant de yoga.

Le modèle tri-doshique proposé par l’Ayurvéda est le moyen traditionnel par lequel la nature physique et la nature psychologique d’un individu sont déterminées pour élaborer une bonne pratique du yoga, comme à des fins thérapeutiques (Ayurvéda).

Enseigner des asanas sans considérer le Prakritti serait comme donner des médicaments à un patient sans en connaitre sa constitution (âge, poids, allergies, …). L’efficacité des asanas serait alors moindre. C’est pour cela qu’il est bienvenu, pour les professeurs de yoga, de savoir déterminer correctement le Prakritti de leurs élèves.

La yogathérapie (Yoga Chikitsa) fait traditionnellement partie de l’Ayurvéda, qui est la branche médicale de toutes les sciences védiques et yoguiques, et qui traite aussi bien le corps que l’esprit. La yogathérapie est l’enseignement des asanas, pranayamas, mantras et méditations à des fins thérapeutiques, généralement prescrits selon des recommandations ayurvédiques. Pour rappel, l’International Association of Yoga Therapist (IAYT) demande un minimum de 300h de formation pour un 1er degré en yogathérapie. Ce petit article n’a donc pour but que de vous montrer la connexion qu’il existe entre yoga et Ayurvéda, entre la recherche spirituelle et la santé.

On utilise les postures de yoga (asanas) à des fins de santé à 2 niveaux :

  1. Les asanas comme activité sportive régulière, comme une routine de bien-être (Vyayama),

  2. Les asanas pour régler un souci de santé spécifique (Chikitsa) et pour traiter les maladies.

Ces 2 aspects s’interfacent avec l’Ayurvéda.

Dans le 1er cas, les asanas devraient être prescrits selon le Prakritti, le niveau d’énergie, l’âge, l’heure de la journée et la saison auxquelles ils sont pratiqués.

Dans le 2ème cas, les asanas devraient aussi prendre en compte le stade de la maladie, les complications doshiques (nombre de doshas impliqués dans la maladie par exemple) et le reste du traitement ayurvédique prescrit.

Lorsqu’un praticien en Ayurvéda donne des recommandations générales pour rester en bonne santé, des asanas sont souvent prescrits. Dans ce but, les asanas par type doshique sont l’approche la plus basique.

La pratique des asanas est l’un des 1er traitements pour Vata, qui est intimement lié aux os, les os étant l’un des contenants de Vata. Vata en excès se stocke souvent dans les os (ex : ostéoporose) et dans les articulations (ex : arthrose).

Il est très difficile de garder Vata équilibré sans une pratique, adaptée, des asanas. Si les personnes de type Vata commencent relativement tôt dans leur vie la pratique des asanas, elles peuvent s’éviter la plupart des désagréments Vata plus tard.

Les asanas sont aussi particulièrement bénéfiques pour les personnes âgées. L’arthrose par exemple, qui est l’une des maladies les plus fréquentes après 65 ans et qui touche les os (principal tissu Vata) doit être en partie soignée par la pratique des asanas. Pour les personnes âgées, le yoga doit être pratiqué doucement, en évitant de forcer. Pas de Vinyasa ni de Power Yoga donc !

Les exercices de respiration (pranayamas) sont aussi bénéfiques aux personnes âgées. Ils renforcent le cœur et combattent, eux aussi, l’arthrose. Ils sont dits rajeunissants ou régénérants.

Les asanas font aussi partie d’un traitement ayurvédique lorsqu’il s’agit de traiter les muscles et les ligaments ou lorsque l’on traite des désordres digestifs.


Il y a 2 types de facteurs à considérer lorsque l’on prescrit des asanas :

  • Les facteurs doshiques (Prakritti, Vrikritti) et la force, la vitalité et l’immunité (Ojas) de la personne.

  • Les facteurs structurels : les problèmes particuliers posturaux et les problèmes d’alignements que la personne peut avoir de par ses doshas, son hérédité et son mode de vie. Les accidents et les blessures jouent ici un grand rôle car ils peuvent causer des problèmes structurels sur le long terme.

Doshiquement parlant, on a :

  • Kapha : poids en excès et rétention d’eau, avec hypoactivité. Les personnes Kapha bénéficient d’asanas effectués sur un rythme rapide, aérobique, ainsi que de pranayamas dynamiques (chauffants) également (ex : Bhastrika). Ceci pour mobiliser la graisse et augmenter le métabolisme.

  • Pitta : alignement déplacé vers l’avant, dû au côté fonceur. Les personnes Pitta ne doivent pas forcer sur les asanas (ni sur la durée, ni sur la complexité). Les pranayamas rafraîchissants (ex : Sheetali) leur sont recommandés.

  • Vata : alignements déplacés dans plusieurs directions, dû à l’excès de mouvements. Problèmes posturaux complexes (ex : lordoses, cyphoses, scolioses, sciatiques). Tous types d’asanas effectués sur un rythme lent sont bénéfiques aux personnes Vata. Ils permettent un massage doux qui évacue l’excès de Vata. Les pranayamas équilibrants leur sont recommandés (ex : Nadi Shodana).

Beaucoup de problèmes osseux sont en fait dus aux muscles (Mamsa Dhatu) qui les maintiennent en place. Les muscles sont le tissu prédominant dans l’organisme, ce sont eux qui pèsent le plus lourd. Ils représentent l’élément Terre. Il est donc difficile de vouloir changer la structure osseuse sans augmenter la masse musculaire.

En particulier pour les personnes Vata, une masse musculaire trop faible est souvent à l’origine des problèmes osseux. Cela contribue aussi à l’émergence de déséquilibres nerveux (anxiété) car il n’y a pas assez de masse musculaire pour protéger les nerfs. Pour éviter les problèmes structurels, il faut donc veiller à garder une bonne masse musculaire en pratiquant les asanas, à adapter l’alimentation et à consommer des plantes médicinales toniques.

Selon l’Ayurvéda, les muscles se construisent à partir de la masse graisseuse (Meda Dhatu). Un trop haut taux de masse graisseuse endommage les muscles et produit donc également des déséquilibres structurels. C’est particulièrement vrai chez les personnes Kapha mais cela touche aussi beaucoup les personnes âgées. Pour elles, il faut adopter une alimentation faible en graisses et faire du sport régulièrement afin d’éviter les problèmes structurels. Il faut augmenter le feu digestif, Agni, par tous les moyens (pranayamas, plantes médicinales) pour accélérer le métabolisme.

D’une manière générale, la phytothérapie ayurvédique fonctionne très bien en synergie avec les asanas. Afin d’améliorer la souplesse et de maintenir les articulations en bonne santé, les plantes médicinales recommandées sont : le guggulu, le shilajit, la myrrhe, la cannelle, et surtout le shallaki.

L’huile médicinale Mahanarayan Tail est tout autant indiquée.

Et bien sûr, les massages ayurvédiques et thaïlandais (Thai Yoga Massage) sont à prescrire aux pratiquants réguliers de yoga…




Appendice I : Les Différents Asanas et les Doshas


  • Les postures debout :

D’une manière générale, les asanas debout équilibrent tous les doshas, sauf la série des Virabhadrasanas qui renforcent Pitta.

Par exemple, Utkatasana et Uttanasana sont les asanas qui équilibrent le plus Vata, Padottanasana celui qui équilibre le plus Pitta, Ardha Chandrasana et Virabhadrasana III ceux qui équilibrent le plus Kapha.

  • Les postures inversées :

D’une manière générale, les postures inversées équilibrent tous les doshas, sauf celles qui requièrent beaucoup de force musculaire. Ces derniers renforcent Pitta. Il faut également faire attention à ne pas tenir longtemps les postures inversées « faciles » sous peine de déséquilibrer Pitta.

Par exemple, Adho Mukha Svanasana et Sarvangasana équilibrent fortement Vata, Viparita Karani équilibre Pitta, Sirsasana et Adho Mukha Vrkasana équilibrent fortement Kapha. Picha Mayurasana et Sirsana déséquilibrent fortement Pitta.

  • Les extensions au sol :

D’une manière générale, les extensions au sol déséquilibrent Vata, équilibrent Pitta si elles ne sont pas tenues trop longtemps sans forcer et le déséquilibrent sinon, et équilibrent Kapha.

Par exemple, Dhanurasana déséquilibre Vata et équilibre Kapha. Son effet sur Pitta dépendra de la durée de la tenue. Plus la posture requiert de force physique plus elle accentue cet effet. Udvha Dhanurasana déséquilibre fortement Vata et équilibre fortement Kapha.

  • Les postures assises et planches :

D’une manière générale les postures assises équilibrent les 3 doshas, plus particulièrement Vata. Encore une fois, plus la posture requiert de force physique moins la posture doit être tenue pour les personnes Pitta (ex : Navasana, Vasisthasana, Chaturanga Dandasana).

La posture qui équilibre le plus Kapha est Purvottanasana et celle qui équilibre le plus Vata et Pitta est Yoga Mudrasana.

  • Les flexions au sol :

D’une manière générale, les flexions au sol équilibrent Vata, équilibrent fortement Pitta et déséquilibrent Kapha.

Paschimottanasana et Kurmasana, par exemple, équilibrent toutes 2 fortement Vata et Pitta et déséquilibrent Kapha.

  • Les torsions :

Sans réelle exception, les torsions équilibrent toutes légèrement les 3 doshas.

  • Savasana : Savasana équilibre fortement Vata et Pitta, plus légèrement Kapha.

Dans l’idéal :

  • Les personnes Vata doivent utiliser un support sous la tête, un coussin d’yeux, des supports sous les mains, un support sous les genoux, un support sous les pieds et être recouvertes par un drap ou une couverture, et pratiquer Savasana au moins 20 minutes.

  • Les personnes Pitta doivent utiliser un coussin d’yeux, des supports sous les mains et un support sous les genoux, et pratiquer Savasana pendant 15 à 25 minutes.

  • Les personnes Kapha ne doivent pas utiliser d’accessoires, et pratiquer Savasana pendant 5 à 15 minutes.



Appendice II : Exemples de Séances Types pour Equilibrer les Doshas


  • Séance pour équilibrer Vata :

Tadasana → Utkatasana → Trikonasana → Virabhadrasana I → Parsvottanasana → Padanghustasana → Navasana → Sirsasana → Balasana → Viparita Karani → Janu Sirsasana → Paschimottanasana → Marichyasana III → Supta Matsyendrasana → Savasana

  • Séance pour équilibrer Pitta :

Marjaryasana → Adho Mukha Svanasana → Padottanasana → Viparita Karani → Balasana → Salabhasana I → Balasana → Siddhasana → Supta Padangusthasana → Janu Sirsasana → Upavista Konasana → Paschimottanasana → Supta Matsyendrasana → Savasana

  • Séance pour équilibrer Kapha :

Surya Namaskar x2 → Adho Mukha Svanasana → Tadasana → Vrksasana → Trikonasana → Virabhadrasana I → Virabhadrasana II → Sirsasana → Sarvangasana → Bhujangasana et variations → Salabhasana et variations → Navasana → Upavistha Konasana → Supta Matsyendrasana → Savasana



Ouvrages Recommandés :

  • Yoga & Ayurvéda, disponible en français, du Dr.D.Frawley, qui entre en profondeur dans les liens historiques et philosophiques qui lient ces 2 sciences soeurs,

  • Yoga for your Type, en anglais seulement, du Dr.D.Frawley. Guide on ne peut plus pratique : asanas et séquences par doshas,

  • Cours de Praticien en Ayurvéda Module 1, de moi-même, pour aller plus loin dans l’anatomie et la physiologie du corps humain selon l’Ayurvéda (on n’y parle pas de corps subtil, donc ni des nadis ni des chakras),

  • Cours de Praticien en Ayurvéda Module 2, de moi-même également. Comment définir précisément la constitution d’un individu, ses déséquilibres et expliquer le principe de maladie selon l’Ayurvéda.

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